Scénario d'une question de vie ou de mort

Scénario découpé de

"Une Question de vie ou de Mort"

 

Découpage après montage et nouvelle traduction des dialogues in extenso

Les cartons du générique se succèdent en fondus enchaînés sur un fond bleu.

Dernier carton : " CECI EST L'HISTOIRE DE DEUX MONDES, CELUI QUE NOUS CONNAISSONS ET UN AUTRE QUI EXISTE UNIQUEMENT DANS L'IMAGINATION D'UN JEUNE PILOTE DONT LA VIE A ETE VIOLEMMENT PERTURBEE PAR LA GUERRE. TOUTE RESSEMBLANCE AVEC N'IMPORTE QUEL MONDE CONNU OU INCONNU N'EST QUE PURE COINCIDENCE. "

L'espace intersidéral (maquette)

1 Lent travelling gauche sur le ciel étoilé et les constellations.

LE NARRATEUR (off). Voici l'Univers immense. Des milliers de soleils, des millions d'étoiles, séparés par d'insondables distances parcourues par de légers nuages gazeux. La lumière des étoiles rend ce gaz transparent. L'absence d'étoiles indique la présence de nuages noirs et obscurcissants. Regardez ce grand cône noir par là-bas... C'est une Nova, tout un système solaire qui explose quelqu'un a encore dû jouer avec des atomes d'uranium Non, ce n'est pas notre système solaire, je suis heureux de le dire... Ah! Celles-ci sont appelées amas globulaires d'étoiles. Joli, n'est-ce pas? ... Juste là, dans ce coin à droite, ce point pas plus grand qu'un médaillon est une masse de gaz qui se répand à des milliers de kilomètres à la seconde.

Ah! Nous y voilà ! Nous approchons de chez nous : la Lune, notre Lune dans son premier quartier. Et voici la Terre, notre Terre, dans sa ronde coutumière, une partie du grand Dessein, une partie de l'Univers... Rassurant, n'est-ce pas?

La terre apparaît, grossit vers l'écran, le remplit entièrement et l'obscurcit.

Fondu enchaîné.

Une portion du globe terrestre - vue aérienne (maquette)

2 On entrevoit l'Allemagne, la moitié nord de la France et l'Angleterre recouvertes d'un brouillard dense et qui s'épaissit encore. Une petite tache rouge vif scintille dans la région de Hambourg. Travelling avant.

LE NARRATEUR (off)... C'est la nuit sur l'Europe. La nuit du 2 mai 1945. Ce point incandescent est une ville en flammes. Elle a subi, il y a trois heures, un raid de mille bombardiers... Et là, enveloppant l'Atlantique, un brouillard on ne peut plus anglais. J'espère que tous les avions sont rentrés. Même les grands navires ne s'aventurent pas... Ecoutez tous les bruits qui circulent dans l'air... Ecoutez...

Fondu noir.

3 Le plan, d'abord noir, se bleuit lentement. Des bribes de conversations radios vagues et ténues se font entendre. Petit à petit, certaines voix se distinguent plus nettement et finissent par dominer les autres.

JUNE (off)... Indiquez votre position. Indiquez votre position. Répondez, Lancaster ! Répondez, Lancaster !

PETER (off)... Position Nil... Je répète : Nil... Age, 27 ans... 27. Vous avez compris? C'est très important. Education... interrompue. Brusquement interrompue. Religion... anglicane...

Fondu enchaîné.

Tour de contrôle/avion en flammes - intérieur nuit

4 Plan rapproché sur June. Puis lent travelling arrière droite qui découvre en ombres chinoises les instruments radios entourant la jeune femme dans la tour de contrôle. Elle porte un uniforme kaki. Elle est seule. Le mouvement de caméra se termine en plan moyen dévoilant le fond du décor très stylisé qui s'éclaire en rouge par intermittence.

PETER (off)... Politique... Conservateur par nature, travailliste par expérience. Quel est votre nom?

JUNE Je ne vous comprends pas! Je ne vous comprends pas! Indiquez votre position. Voyez-vous nos signaux?

PETER (off, récitant). " Donne-moi ma coquille de calme, Mon bourdon sur lequel m'appuyer,

Ma besace de joie, nourriture immortelle,

Ma fiole de salut,

Ma gloire, véritable gage d'espoir,

Et alors j'entreprendrai mon pèlerinage. "

C'est de sir Walter Raleigh. J'aurais mieux fait d'écrire cela plutôt que de voler dans les plumes d'Hitler.

JUNE (angoissée)... Je n'arrive pas à vous comprendre. Allô, Lancaster. Nous envoyons des signaux. Pouvez-vous les voir? Répondez, Lancaster.

Travelling avant sur un avion en flammes volant dans la nuit. On entend le bruit du moteur.

6 Plan général sur l'intérieur de la carlingue endommagée par un obus. La caméra découvre le cadavre de Bob Trubshaw, l'opérateur radio, puis remonte sur Peter Carter, le pilote, en plan rapproché de profil et qui regarde les moteurs en flammes par un trou béant dans la coque. Il saigne abondamment à la tempe droite.

PETER (7 gros plan, récitant). " Mais dans mon dos, j'entends toujours,

Le char ailé du temps qui me talonne

Et devant nous s'étendent

Les déserts de l'incommensurable éternité "... Andy Marvell. Quelle merveille! Quel est votre nom?

8 Plan rapproché de June qui parle au micro.

JUNE (angoissée). Me recevez-vous? Je répète. Me recevez-vous? Précisez votre position. Répondez Lancaster.

PETER (9 plan rapproché, ton faussement enjoué). Vous avez l'air d'une chic fille. Je ne peux pas vous donner ma position. Les instruments sont partis. L'équipage aussi... (10 Gros plan de Bob Trubshaw mort-insert. Off.) ... Sauf Bob, mon copain. Il est mort. ( 11=9 Plan rapproché sur Peter.)... Les autres ont sauté en parachute. Sur mon ordre. Il est 3 h 35. Bien reĉu?

JUNE (12=8 plan rapproché, répétant). L'équipage a sauté... 3h 35.

PETER (off). Base Warrendon. Groupe de bombardiers A. G comme George. Envoyez-leur un signal. Bien reĉu ?

JUNE (prenant note). Base Warrendon. Groupe de bombardiers A comme Alpha. G comme George.

PETER (13=7 gros plan). Ils seront désolés pour Bob. Nous l'aimions tous.

JUNE (14 très gros plan). Allô. G comme George. G comme George. Comment vous sentez-vous? Voulez-vous atterrir? Peut-on vous aider?

PETER (15=7 gros plan). Mon nom n'est pas G comme George, c'est P comme Peter. Peter D. Carter. Le D est pour David. Chef pilote Peter Carter. Non, je n'atterris pas. Il n'y a plus de train. Un moteur est en feu. Je vais sauter. Je vais sauter... (16=14 très gros plan de June. Off)... Prenez un télégramme.

JUNE. Bien reĉu. Bien reĉu. Je vous entends.

PETER (off). Un télégramme pour ma mère. Madame Michael Carter. 88 Hempstead Lane. Londres. NW.

JUNE (notant). 88 Hampstead Lane. Londres.

PETER (17=7 gros plan). Dites-lui que je l'aime. Ecrivez ca pour moi. Je veux qu'elle sache que je l'aime beaucoup bien que je ne lui ai pas tellement montré, mais je l'ai toujours aimé - jusqu'à la fin... (18=14 Très gros plan June. Off)... Transmettez aussi mon affection à mes deux sœurs. Ne les oubliez pas.

JUNE (off). June.

PETER. Oui, June. Je saute. Je saute, mais je n'ai pas de parachute.

JUNE (20 très gros plan de profit, de plus en plus angoissée Allô, allô, Peter. Je ne comprends pas. Allô, allô, Peter. M'entendez-vous?

PETER (off, toujours le ton faussement enjoué). Allô, June. N'ayez pas peur. C'est très simple... (21=7 Gros plan). Je préfère sauter que brûler vif. Après les cents premiers mètres, je n'y verrai plus de différence. (22=14 Très gros plan June bouleversée. Off.)... Dites, j'espère que je vous ai pas fait peur?

JUNE (elle étouffe un sanglot). Non, je n'ai pas peur.

PETER (off). Brave fille.

JUNE (se ressaisissant). Votre copain... Vous avez dit qu'il était mort. N'a-t-il pas de parachute?

PETER (23=7 gros plan). Coupé aux attaches... Par des éclats de balles. (Changeant de sujet.) June, êtes-vous jolie?

JUNE (24=14 très gros plan). Pas mal.

PETER (off). M'entendez-vous aussi bien que je vole entends?

JUNE. Oui.

PETER (25=7 gros plan). Vous avez une jolie voix. Du cran aussi. C'est drôle... J'ai connu des douzaines de filles. J'ai été amoureux de quelques-unes... Mais c'est une Américaine que je n'ai jamais vue et que je ne verrai jamais qui entendra mes dernières paroles. C'est drôle. 26 Gros plan de June - insert. Off.) . plutôt gentil. 27=7 Gros plan Peter.) June, si vous êtes là quand ils me ramasseront, tournez la tête.

JUNE (28=14 très gros plan). Peut-être pouvons-nous faire quelque chose, Peter? Je vais chercher de l'aide.

PETER (off). Non. Personne ne peut rien. Seulement vous, Laissez-moi agir à ma guise. Je veux être seul avec vous, June. Où êtes-vous née?

JUNE. A Boston.

PETER (off). Mass...?

JUNE. Oui.

PETER (29=7 gros plan. Les flammes commencent à envahir le cockpit. Indifférent à la menace). Bel endroit pour naître.. On y a écrit l'histoire. Etes-vous fiancée? ... Non, ne répondez pas à cette question.

JUNE (30=14 très gros plan, toujours émue). Je pourrais aimer un homme comme vous, Peter.

PETER (31=7 gros plan). Je vous aime, June. Vous êtes la vie et je vous quitte. Où habitez-vous? Sur place?

JUNE (32=14 très gros plan). Non. A la campagne, dans une grande maison, à environ huit kilomètres d'ici. Lee Wood House.

PETER (off). Une vieille maison?

JUNE. Oui, très vieille.

PETER (33=7 gros plan, amusé). Bien, Je viendrai vous visiter en fantôme. Ils ne vous font pas peur, j'espère? Ce serait dommage.

JUNE (34=14 très gros plan). Je n'ai pas peur.

PETER (off). A quelle heure rentrez-vous ?

JUNE. Je suis de service jusqu'à six heures. Je prends mon petit déjeuner au mess. Ensuite, j'ai une demi-heure de vélo. Je passe souvent le long de la plage... (Se reprenant.) Oh! Mais ca n'a pas de sens! ... (Elle baisse la tête, réprime un sanglot.)

PETER (35=7 gros plan). Si, au contraire... J'ai eu de la chance de vous obtenir. Il n'y a rien à faire pour le parachute. Mais j'aurai bientôt des ailes. Grandes et blanches. J'espère qu'ils ne se sont pas modernisés (il regarde par le trou béant qui s'ouvre dans la carlingue.) Je n'aimerais pas avoir des hélices à la place. ( 36=14 très gros plan June. Off.)... Comment imaginez-vous l'Autre Monde? J'ai ma petite idée.

JUNE (les larmes aux yeux). Oh... Peter

PETER (37=7 gros plan, perdu dans ses pensées). Je crois qu'il commence où finit celui-ci. Ou alors, il est tel que nous le décrivent Platon, Aristote et Jésus... Que valent nos petits problèmes terrestres face à la grande question? ... Je le saurai bientôt... J'en termine maintenant. Adieu. Adieu, June !

JUNE (38=14 très gros plan, bouleversée). Allô G comme George. Allô, G comme George. Allô, G comme George. Allô... (Elle s'effondre sur la table, la tête dans ses bras et sort du champ.)

39 Plan américain de Peter, debout. Il se tourne vers Bob Trubshaw et lui fait un signe, puis sort du champ à droite.

PETER. Salut, Bob. A tout-de-suite. Toi tu sais déjà ce qu'ils portent. Des hélices ou des ailes...

40=10 Insert de Bob mort en gros plan. 41 (suite du 39 Peter se prépare à sauter.42 Il saute. Travelling avant sur le trou béant par lequel il a disparu. L'écran devient bleu sombre.

Fondu enchaîné.

Plage - extérieur petit matin

43 Vue aérienne d'une plage avec des vagues successives venant mourir sur la grève.Un leitmotiv sonore, d'abord musical, puis prononcé par une voix masculine s'accorde au mouvement des vagues. Puis, on comprend de plus en plus distinctement...

LA VOIX (off)... Des ailes... Des ailes... Des ailes

44 Plan large sur Carter inerte, surnageant dans l'eau. Les vagues successives le rapprochent petit à petit du rivage. 45 Plan américain de Carter.

LA VOIX (off, reprenant les dernières paroles de Peter)... Des hélices ou des ailes... Des hélices ou des ailes...

Fondu enchaîné.

Salle de réception du paradis - intérieur jour

L'image devient monochrome. Leit-motiv musical simulant la cadence lente d'un métronome.

46 Plan d'ensemble sur les rangées régulières d'un distributeur d'ailes d'anges identiques à l'imagerie classique et saint-sulpicienne.

47 Plan moyen de Bob Trubshaw assis sur une banquette au centre de la salle de réception. Le décor est très stylisé. Les parois, verticales, blanches et nues, donnent une impression d'immensité. Les nouveaux arrivants pénètrent les uns après les autres par un escalier routant aboutissant à une porte ouverte dans la paroi.

48 Plan large de Bob, de dos, regardant les arrivants.

49 Plan américain de deux pilotes qui viennent de pénétrer dans la salle. Un travelling gauche les accompagne.

LE PREMIER PILOTE (parlant franĉais, très surexcité). Alors voilà ce qui s'est passé. Nous nous sommes vus à environ quatre kilomètres. Nous avons foncé l'un vers l'autre, nous avons piqué, redressé, etc. Et quand je suis parvenu à me glisser derrière lui, je lui ai envoyé une rafale, comme ca (il fait le geste de tirer à la mitrailleuse). RRRRRAAAAA..'. Il a piqué, j'ai cru que je l'avais touché, mais le salaud m'est revenu par derrière et m'a filé un de ses shrapnels et m'a touché à mort. Ah!

LE SECOND PILOTE (en franĉais). Pas de chance, vieux

50 Plan large sur la porte de sortie. Des militaires s'avancent avec chacun une paire d'ailes sous le bras.

51 Gros plan de la pendule située au-dessus de la porte d'entrée. Le leitmotiv musical épouse exactement le mouvement de la trotteuse.

52 Plan américain d'un militaire venant d'arriver par la porte d'entrée. Il joue un air nostalgique sur un petit harmonica. Un panoramique à gauche l'accompagne. Il sort du champ. La caméra s'attarde quelques secondes sur son ombre géante sur le mur.

53 Plan rapproché sur l'arrivée d'un pilote anglais. La caméra le suit en panoramique gauche. Musique d'harmonica.

54 Gros plan de Bob qui le regarde passer. L'harmonica s'estompe.

55 Plan américain sur le pilote anglais qui vient d'arriver au bureau de réception. La main de l'ange réceptionniste apparaît en amorce. Elle est vêtue d'un costume militaire blanc.

ANGE RECEPTIONNISTE. Votre nom?

56 Gros plan sur l'ange réceptionniste. 57 Gros plan de Bob qui la regarde en souriant. 58 Plan plus large de l'ange qui le regarde à son tour mais ne sourit pas. 59 Gros plan de Bob soudain inquiet. 60=58 Gros plan aux épaules de l'ange qui regarde vers le haut. 61 Très gros plan de la pendule.

62=58 Gros plan de l'ange qui regarde à nouveau Bob puis se replonge dans son activité de réception des nouveaux arrivants. Une musique trépidante se fait entendre.

63 Plan large de la porte d'entrée. Un groupe de pilotes américains vient de pénétrer dans la salle. 64=59 Gros plan de Bob qui observe le groupe. 65 (suite du 63) Une dizaine de pilotes sont entrés. Leur capitaine, soudain jovial, leur montre quelque chose. 66 Plan d'ensemble, puis travelling arrière qui découvre une machine distributrice de Coca-Cola sur laquelle tous se précipitent pour se servir.

67 Plan moyen du groupe de pilotes américains qui se présentent au guichet de réception.

LE CAPITAINE. Allez-y, les gars. Inscrivez-vous ici. Chacun son tour (Il interroge la réceptionniste.) Avez -vous une référence?

68 Plan américain de l'ange avec amorce du pilote américain.

L'ANGE RECEPTIONNISTE. Non.

69=67 Plan moyen du groupe.

LE CAPITAINE. Tant pis, on s'en passera... Les officiers d'abord...

ANGE RECEPTIONNISTE (70=68 plan américain). Ici, nous ne faisons pas de distinction, capitaine.

71=67 Plan moyen du groupe. On leur distribue des ailes, chacune à leurs mesures.

UN PILOTE. Excuse-moi... frère !

72=68 Plan américain de l'ange. 73 Gros plan de Bob qui observe la scène, amusé. 74 Plan rapproché de l'ange réceptionniste.

ANGE. Passez.

75 Plan d'ensemble sur la file d'attente au guichet. L'ange contourne le groupe et s'éloigne dans la direction de Bob toujours assis sur la banquette centrale. Un thème musical au piano se fait entendre (nous le désignerons ultérieurement comme le "thème de l'Au-delà ".)

UN PILOTE. Où puis-je téléphoner?

UN AUTRE. D'ici, ce sera en longue distance

76 Plan moyen de l'ange qui entre dans le champ à proximité de Bob ; celui-ci se lève et fait mine de se diriger vers la porte.

ANGE. Officier Trubshaw !

BOB. Oui, miss.

ANGE. Vous ne pouvez pas attendre ici plus longtemps. Vous devez faire erreur à propos de votre capitaine.

BOB. Si quelqu'un se trompe, ce n'est pas moi!

ANGE (catégorique). Ici, on ne commet jamais d'erreur.

BOB. C'est bien la section des aviateurs, n'est-ce pas?

ANGE. Vous devriez le savoir.

BOB (77 plan américain de dos, regardant la porte ; perplexe). Peter n'a pas pu s'en tirer. D'ailleurs, vous avez contrôlé sa fiche pour moi, n'est-ce pas ?

ANGE (78 gros plan). Et c'est interdit par le règlement

BOB (79 plan américain il va et vient de la caméra à la porte d'entrée). Les règlements sont faits pour être transgressés. Il aurait dû être là une demi-heure après moi. C'est sa section. Il ne s'est pas présenté. Donc, il y a une erreur ou il est en situation illégale.

ANGE (80=78 gros plan). Il n'y a pas eu d'erreur ici depuis mille ans.

BOB (81 Plan rapproché, soudain intéressé. Persifleur). Ainsi donc, vous pouvez commettre des erreurs?

82 Plan moyen des deux interlocuteurs.

ANGE (un peu gênée)... La fille avant moi... Elle est restée ici six cent quarante ans.

BOB (Jurant). Dieu du ciel

ANGE. Elle disait que si le compte n'est pas bon, une alarme sonne à la direction.

83 Plan large des deux qui s'approchent d'une ouverture centrale protégée par une rambarde circulaire. Travelling arrière qui se termine en plan d'ensemble en plongée. ils se penchent par-dessus la rambarde. Au-dessous, à plusieurs dizaines de mètres, on aperĉoit des employés circulant dans une salle immense ou semblent être entreposées de gigantesques archives.

BOB. Je parie que c'est vrai. Ça doit être un événement !

84 Contrechamp des deux, penchés et observant la salle des archives. Le plan est vu de dessous l'étage de réception, à travers l'ouverture centrale.

ANGE. Ce sont uniquement les Archives des Vivants... (85 Plan rapproché des deux de profil. Ange expliquant)... Chacun sur la terre a une fiche : Russe ou Chinois, Noir ou Blanc, Riche ou Pauvre, Républicain ou Démocrate.

BOB. Dieu du ciel! Si on m'avait dit qu'ici les employés travaillaient de la même faĉon que chez nous.

ANGE. Chacun commence ici quand ĉa lui plaît.

86 Plan américain de Bob, émerveillé. Le pilote anglais (Richard Attenborough) les a rejoint ; il se penche à son tour par-dessus la balustrade et contemple la Salle des Archives.

LE ANGLAIS. Ils ont de la chance.

87=85 Plan rapproché des trois de profil. 88=86 Plan américain de Bob. 89=85 Plan rapproché des trois.

ANGE. Voyez-vous, il y a des millions de gens sur terre qui trouveraient formidable d'être employés de bureau... (elle se tourne vers Bob.) Et cessez de dire "dieu du ciel ". (L'ange sort du champ).

90 Plan moyen de l'ange et de Bob de nouveau côte à côte.

BOB. Pourquoi?

ANGE. Il n'y a pas de fumée sans feu... (91 Plan rapproché de l'ange, avec Bob en amorce.)... Et nous ne qualifions pas la Fumée de Sainte...

92 (Contrechamp du 91) Plan rapproché de Bob avec l'Ange en amorce.

BOB. Merci pour les renseignements, Miss.

93 Les Américains franchissent un à un la porte de sortie en plan américain ; dans le fond, Bob et l'Ange les regardent passer.

UN PILOTE. Ah ! Dis-donc, chez moi, c'était pas comme ĉa.

UN AUTRE. Chez moi, si!

94 Plan large du bureau de réception. Bob qui s'est approché est invité par l'Ange réceptionniste.

ANGE. Signez ici.

BOB (s'exécutant). Je ne veux pas déclencher d'alarme. 95 Très gros plan de la pendule. On entend une sonnerie.

Fondu enchaîné.

 

Plage - extérieur matin

96 L'image redevient en couleurs. Plan aérien marée basse. 97 Plan rapproché en plongée sur Peter Carter étendu sur le sable humide. Inerte, il ouvre lentement les yeux. Musique douce. 98 Contrechamp : vue du ciel. 99=97 Plan rapproché de Peter qui reprend doucement conscience. 100 Plan moyen de Peter qui s'assied sur le sable, regarde autour de lui. 101 Plan général de la côte dans la brume. 102=100 Plan moyen de Peter qui se lève. 103 Plan rapproché de Peter qui s'interroge, perplexe.

PETER. Où dois-je me présenter?

104 Peter se met en marche. Travelling gauche d'accompagnement. Petit à petit, Peter abandonne sur le sable son gilet de sauvetage, ses bottes, tous ses accessoires de vol.

105 Plan d'ensemble de Peter marchant sur la plage. Il prend conscience de son ombre, joue avec en agitant les bras. Puis il sort du champ.

Fondu enchaîné.

 

Dunes - extérieur matin

106 Plan moyen. Peter marche dans les dunes, et aperĉoit un panneau. 107 Plan rapproché du panneau : " ENTREE INTERDITE". 108=106 Plan moyen. Peter fait demi-tour, perplexe. 109 Plan large des dunes. Un chien assis de dos sur une crête le regarde passer et aboie. Peter l'aperĉoit, monte vers lui. 110 Plan rapproché de Peter qui s'accroupit et le caresse.

PETER (souriant). Oh ! Je ne pensais pas qu'il y avait des chiens.

111/1 Plan moyen de Peter et du chien. Peter se redresse et avance dans les dunes. On entend la musique d'un pipeau. Il sort du champ à droite. 111/2 Plan d'ensemble des dunes. Peter au milieu, précédé du chien, amorce un mouvement de descente. 111/3 Plan d'ensemble (vue subjective de Peter.) Un jeune berger nu, assis sur la table, joue du pipeau. Des chèvres paissent autour de lui. 111/4 Contrechamp : plan d'ensemble. Le jeune berger est assis à droite. Peter arrive dans te fond. 111/5 Plan large du jeune berger. Il entend l'aboiement du chien, s'arrête de jouer et regarde Peter s'approcher. 111/6 Plan moyen du jeune berger qui remet son pipeau en bouche. Peter, escaladant la dune, entre dans le champ par le bas du cadre.

PETER. Bonjour.

LE BERGER (s'arrêtant de jouer). Bonjour.

PETER. Où est-ce que je vais par-là?

LE BERGER (interrogatif). Hum?

PETER. Je suis nouveau. Je viens d'arriver. Où dois-je me présenter?

LE BERGER. Vous voulez dire à l'aérodrome?

111/7 Plan américain de Peter Un avion, dans un bruit d'enfer, passe soudain au-dessus de sa tête. Peter tourne sur lui-même pour le suivre du regard.

PETER (perplexe)... L'aérodrome?

111/8=111/6 Plan moyen de Peter et du berger. Peter s’agenouille devant le jeune garĉon. 111/9 Plan moyen plus rapproché des deux.

PETER. Où suis je? Cet endroit, comment s'appelle-t-il?

LE BERGER. Les Burrows.

PETER. Les Burrows... Où?

LE BERGER. Lee Wood.

PETER (réalisant). Lee Wood !... Tu connais Lee Wood House?...

LE BERGER (pointant le doigt devant lui) C'est là! Où vous voyez la fumée derrière ces arbres?

PETER. Quel est le plus cour chemin?

LE BERGER. Il y a un sentier par la plage. Vous voyez ce vélo?

Peter se relève.

111/10 Insert muet en plan rapproche de Peter qui regarde vers la plage. 111/11 Plan d'ensemble des dunes en amorce, la mer au fond. Quelqu'un passe à bicyclette sur la petite route derrière les dunes. 111/12=111/10 Plan rapproché de Peter.

PETER. Oui. Qui est-ce ?

LE BERGER (off). J'sais pas. L'une de ces Américaines. Elles habitent dans la maison là-bas.

111/13 Plan d'ensemble des dunes. Le jeune berger assis à droite du cadre. Peter commence à courir. Un panoramique à gauche le suit. Il disparaît derrière les dunes 111/14 Plan américain du jeune berger de face, le pipeau toujours à la main, qui appelle son chien qui suivait Peter 111/15 Plan d'ensemble. Le chien s'arrête. Peter court toujours vers la plage. 111/16 Contrechamp : plan d'ensemble. Peter arrive sur la plage. Un panoramique à gauche découvre June en vélo.

111 Plan moyen de Peter et du chien. Peter se redresse et avance dans les dunes. 112 Plan large des dunes, Peter descend le sentier. 113 Plan américain. Un avion passe avec un bruit d'enfer à très basse altitude au-dessus de Peter qui le regarde, stupéfait.

114 Plan d'ensemble des dunes en amorce, la mer au fond. Quelqu'un passe sur la petite route derrière les dunes.

115 Plan rapproché de Peter. Il sourit. 116 Plan d’ensemble derrière les dunes. Peter se précipite. Un panoramique à gauche découvre June en vélo. Il la rattrape.

PETER (criant). Eho! Bonjour !

117 Plan large. June en amorce. Peter arrête de courir, la rejoint, lentement.

JUNE (intriguée). Bonjour à vous. Qu'y a-t-il?

PETER (sûr de lui). Vous êtes June.

118 Très gros plan de June, réalisant soudain.

JUNE (stupéfaite). Vous êtes Peter!

119 suite du ll7 Plan large. June lâche son vélo. Peter le rattrape avant qu'il ne touche le sol. 120 Plan rapproché des deux face à face.

JUNE... Comment êtes-vous ici? Je suis si contente que vous soyez sauf. Qu'avez-vous fait? Comment est-ce possible?

PETER. Je ne sais pas... Je ne sais vraiment pas.

JUNE. Etes-vous blessé ?

PETER. Je me sens tour drôle.

121 Gros plan de June qui lui passe la main dans les cheveux, Peter en amorce.

JUNE. Vous avez une petite coupure... dans les cheveux... Presque rien. Oh Peter, quelle farce cruelle.

PETER (122 Contre champ : gros plan sur Peter. June en amorce). Si c'en est une, c'est de ma faute.

JUNE (123=121 gros plan). J'ai tant pleuré. Depuis que nous nous sommes dit adieu.

PETER. Ne pleurez pas, June chérie.

124=122 Gros plan de Peter. June en amorce. Il l'embrasse.

JUNE. Oh! Peter chéri.

125 Plan d'ensemble sur le couple au loin enlacé.

Fondu enchaîné.

 

Salle de réunion du paradis - intérieur jour

L'image redevient monochrome

126 Plan rapproché sur le tableau des Entrées-

ANGE CHEF (off, lisant). 91 716 inscrits. 91 715 enregistrés...

127 Plan d'ensemble de l'assemblée des anges. Au centre, l'ange chef, assise, dominé les débats Elle est vêtue d'une robe longue blanche, simple et d’un voile transparent sur la tête et les épaules.

ANGE CHEF (appelant)... Envoyé 71 !

L'envoyé céleste n° 71 est vêtu comme un aristocrate de la Révolution Franĉaise (chemise à jabot, costume de brocart, cape, chaussures à boucle, canne à pommeau) il se détache de l'assemblée, s'avance vers l'ange chef.

ENVOYE CELESTE (en franĉais.) Madame ? Cela aurait pu arriver à n'importe qui.

ANGE CHEF. Comment cela est-il arrivé?

ENVOYE CELESTE (128 plan américain). Tout a été calculé. Excepté ce sacré brouillard. Le pilote a sauté, a disparu dans le brouillard. Je l'ai perdu.

129 Plan rapproché de l'ange chef réfléchissant. 130 Plan américain de l'ange réceptionniste et de Bob Trubshaw qui est auprès d'elle.

ANGE CHEF (off). Officier Trubshaw. (131=127 Plan d'ensemble. Bob s'avance vers l'ange chef.) Vous avez attendu votre pilote toute la journée?

132 Plan américain de Bob. L'ange réceptionniste se trouve au second plan.

BOB. Oui, madame. Au-dessus de la Manche, nous sommes entrés dans cette foutue purée de pois... (133 gros plan insert de l'envoyé céleste approuvant. 134 Gros plan de Bob.)... Excusez mon langage, madame. Mais elle était si épaisse qu'on aurait pu marcher dessus.

ENVOYE CELESTE (135 plan rapproché, en franĉais). Sacré brouillard

BOB (136=134 gros plan, expliquant). Euh... Il... Je veux dire le patron... a ordonné à tous de sauter quand nous avons atteint la côte. ( 137 Gros plan de l'ange chef. Off.)... Il savait que son "parapluie " était foutu ; il avait été endommagé pendant qu'il me faisait un pansement... (138=134 Gros plan de Bob.)... mais il ne l'a pas dit aux autres. Moi seul le savait parce que... Je veux dire, m'dame... j'étais déjà mort.

ANGE CHEF(139=137 gros plan). Je comprends.

BOB (140=134 gros plan). Je savais que son temps était compté, aussi je l'ai attendu... (141 Gros plan de l'ange réceptionniste. Off.) Il ne faut pas blâmer cette jeune personne... (142=134 Gros plan de Bob.) Je suis désolé d'avoir enfreint les règles.

ANGE CHEF (143=129 plan rapproché). Merci... 19 heures et 50 minutes se sont écoulées... (144=135 Plan rapproché de l'envoyé céleste. Off s'adressant à lui.) Ne savez-vous pas que toute anomalie doit être immédiatement signalée?

ENVOYE CELESTE (désolé). J'ai perdu la tête.

ANGE CHEF (145=129 plan rapproché). Depuis peu dans le service?

ENVOYE CELESTE (off) Je vous ai rejoint au jour dit... (146=35 Plan rapproché de l'envoyé céleste. Sur un ton ironique)... 2 Germinal de la dite "glorieuse " Révolution Franĉaise.

ANGE CHEF (147=129 plan rapproché). Je vois. Mort naturelle? ...

ENVOYE CELESTE (148=135 plan rapproché). J'ai perdu la tête...

ANGE CHEF (149=129 plan rapproché). Le cas n'est pas si simple.

ENVOYE CELESTE (150 gros plan, en franĉais). Non?

ANGE CHEF (off). Non : il est tombé amoureux.

ENVOYE CELESTE (satisfait). Ah !... (il se reprend.) Oh

ANGE CHEF (151=129 plan rapproché). Ca complique les choses.

ENVOYE CELESTE (152=150 gros plan). C'est vrai, madame.

153=27 Plan d'ensemble de l'assemblée.

ANGE CHEF (s'adressant toujours à lui). Vous devez faire de votre mieux.

ENVOYE CELESTE (respectueux). Oui, madame.

ANGE CHEF (ordonnant). Vous irez sur terre immédiatement.

ENVOYE CELESTE. Oui, madame.

ANGE CHEF. Vous expliquerez votre grave erreur au chef pilote Peter Carter.

Durant ce discours, l'envoyé céleste a confié sa canne à un voisin et remet sa cape sur ses épaules.

ENVOYE CELESTE (toujours respectueux). Oui, madame.

ANGE CHEF... Et vous lui demanderez de vous suivre.

ENVOYE CELESTE (toujours en franĉais). Oui, madame. (il fait mine de partir.)

ANGE CHEF. Attendez! (Elle se tourne vers Bob.) Votre capitaine est un homme raisonnable, j'espère?

BOB (154 plan rapproché de profil. Le patron? Oh! oui, madame! Sauf quand il en a quelques-uns...

ENVOYE CELESTE (155 plan rapproché, perplexe). Pardon? Quelques-uns...

BOB (156=154 plan rapproché se tournant vers lui.)... Dans, le nez!

ENVOYE CELESTE 157=155 plan rapproché. Réalisant). Oh! De la bière

BOB (158=154 plan rapproché, fataliste). Le whisky se fait rare...

ENVOYE CELESTE (159=155 plan rapproché, souriant). Oh Naturellement

BOB (160=154 plan rapproché). Au fait, quand vous verrez ce Peter, pouvez-vous lui transmettre un message de ma part?

ENVOYE CELESTE (161=155 plan rapproché). Avec plaisir

BOB (off). Dites-lui seulement " Eh alors "

ENVOYE CELESTE (acquiescent). Hum...

Il sent la rose qu'il porte à sa boutonnière. Travelling avant sur la rose.

Fondu enchaîné.

 

Sous-bois - extérieur nuit

162 Gros plan sur la rose qui se colore pendant le travelling arrière.

ENVOYE CELESTE (en aparté). Ça manque un peu de Technicolor, là-haut... Quelle nuit romantique!

La caméra s'immobilise en plan d'ensemble, découvrant un sous-bois fleuri. L'envoyé céleste se promène. Une musique sautillante se fait entendre.

Fondu enchaîné.

163 Travelling gauche sur des massifs de rhododendrons. La caméra découvre June couchée dans l'herbe, Peter penché sur elle et qui J'embrasse. Le travelling se termine sur un plan rapproché des deux. Peter se redresse. Il saisit une fiole de whisky, pose deux godets sur un petit rocher proche, en remplit un.

164 Gros plan des deux godets. Le plein disparaît brusquement.

PETER (questionnant). Un verre, chérie ?

165= fin 163 Plan rapproché de Peter. Etonné par la disparition, il se gratte la tête. 166=164 Gros plan du godet restant. Peter le remplit ; il disparaît à son tour. 167=165 Plan rapproché de Peter, inquiet, qui cherche partout, soulève son sac.

ENVOYE CELESTE (off, en franĉais). Mon ami !

Peter sursaute en entendant l'envoyé l'appeler ; il lève les yeux. Double take 168 Plan américain de l'envoyé céleste qui le regarde, amusé. 169=165 Plan rapproché de Peter, d'abord perplexe.

PETER (203=193 plan américain des deux. Avantage à Peter). Si c'est un endroit convenable, on doit pouvoir faire appel.

ENVOYE CELESTE (204=194 plan américain des deux. Avantage envoyé céleste). Mais mon ami, soyez raisonnable! Appel à qui?

PETER (intraitable). C'est à vous de trouver !

ENVOYE CELESTE. Ça ne s'est jamais produit.

PETER. Est-ce une raison pour ne pas le tenter aujourd'hui?

ENVOYE CELESTE. Vous êtes décidé à me mettre... dans le pétrin?

PETER (205 Plan rapproché de lui seul). Et moi, dans quel pétrin m'avez-vous mis?

ENVOYE CELESTE (206=194 plan américain des deux. Avantage envoyé céleste faisant une dernière tentative). Vous ne voudriez pas que j'emploie la force.

PETER (207=193 plan américain des deux. Avantage Peter, résolu). Essayez toujours!

ENVOYE CELESTE (n'insistant pas). Je vous abandonne pour un instant.

PETER. A votre guise.

ENVOYE CELESTE. Je vais chercher de nouvelles instructions. (il met son chapeau.)

PETER. Voilà qui est bien parlé

208 Plan moyen de l'envoyé céleste seul devant un buisson.

ENVOYE CELESTE (l'avertissant). Et ne devenez pas encore plus amoureux d'elle. Vous êtes prévenu... (il se tourne vers June, la regarde soudain attendri.)... Elle est charmante. (il lui envoie un baiser.)

PETER (off). Vous êtes un chic type.

ENVOYE CELESTE (il disparaît une seconde, puis réapparaît) : Jouez-vous aux échecs?

PETER (209=193 plan américain des deux. Avantage Peter). Oui.

ENVOYE CELESTE (précipitamment). Moi aussi ! (Soudain avec espoir.) Nous pourrions jouer chaque jour...

PETER. Une autre fois.

ENVOYE CELESTE. La prochaine fois, peut-être?

210 Plan large. Peter au fond, June couchée à l'avant-plan.

L'envoyé céleste fait voler sa cape autour de lui...

ENVOYE CELESTE. Au revoir, mon ami! (il disparaît.)

211 Plan rapproché de June toujours couchée qui tourne la tête vers Peter.

JUNE. Non merci, chéri.

PETER (212 gros plan, étonné). Non merci, quoi?

JUNE (213=211 plan rapproché). Tu viens de me proposer un verre.

214=212 Gros plan de Peter, muet de stupeur.

215 Plan large des deux dans le décor. Peter s'accroupit vers June, se retourne, cherche les gobelets, écoute sa montre, réalise petit à petit son aventure. Travelling avant sur le couple, puis circulaire gauche jusqu'à un plan rapproché qui avantage Peter.

PETER. Vraiment? Ah! Oui, je me rappelle! Qu'est-ce qui m'arrive?

JUNE (inquiète). Qu'y a-t-il? Ta tête à nouveau

PETER. Ca se pourrait. Une chose étrange s'est produite pendant que tu dormais...

JUNE (216 gros plan, Légère amorce de Peter). Je n'ai pas dormi.

PETER (217 Contrechamp : gros plan de Peter. Légère amorce de June). Nous as-tu entendu parler?

JUNE (218=216 gros plan). Non. Avec qui parlais-tu?

PETER. " Ils " ont envoyé quelqu'un.

JUNE. " Ils "? Qui " Ils " ?

PETER (219=217 gros plan). Je ne sais pas.

220=216 Gros plan de June, muette, décontenancée. 221=217 Gros plan de Peter.

PETER... Ai-je l'air d'un fou?

JUNE (222=216 gros plan). Pas pour moi, chéri. L'es-tu?

223 Plan rapproché des deux. Peter de face tient la main de June de trois-quarts.

PETER. Il y avait un brouillard épouvantable la nuit dernière... C'est la vérité, n'est-ce pas?

JUNE. Tu le sais bien.

PETER (rassemblant ses souvenirs). Et j'ai sauté sans parachute?

JUNE. C'est ce que tu as dit.

PETER. Alors, comment suis-je encore vivant?

JUNE (224=216 gros plan. Légère amorce de Peter). Ne parlons plus de ca... Je ne sais pas... (Elle se rapproche de lui.)... Et ca m'est égal.

PETER (continuant son raisonnement). Je n'avais pas de parachute. J'ai été descendu, et je me suis retrouvé ce matin sans parachute. Et puis, pourquoi ne me suis-je pas noyé.

JUNE. Tu n'as pas besoin de me prouver que tu devrais être mort.

PETER (225=217 gros plan. Légère amorce de June). Mais je devrais l'être d'après ce type.

JUNE (intriguée). Quel type?

PETER. Cet... envoyé qu'ils ont mis à mes trousses. Il prétend m'avoir perdu dans le brouillard.

JUNE (226=216 gros plan. Légère amorce de Peter. Philosophe). Tant pis pour eux. Tant mieux pour moi. (Elle met sa tête sur son épaule.)

PETER. Je lui ai dit que je faisais appel... (June relève 'la tête, alarmée.)... Il est parti chercher des instructions. Ce n'est pas de ma faute si je n'ai pas été tué... (227=223 Plan rapproché des deux. Avantage à Peter.)... Ce n'est pas de ma faute si je t'ai rencontrée et si je suis tombé amoureux de toi... (228 Plan large des deux. Peter se lève et court à la caméra jusqu'au gros plan.) Il n'y a personne, ici? Eh Vous le Franĉais! Où êtes-vous?

229 Gros plan de Peter. Il se retourne, se prend la tête dans ses mains, retire ses mains, regarde June ébahi.

JUNE (inquiète). Qu'y a-t-il?

230 Plan large sur June. Point de vue de Peter. June apparaît floue, cachée par un truquage optique. 230 bis=229 Gros plan de Peter. Il retire ses mains de devant son visage. Légère amorce de travelling avant.

PETER (affolé). June! Tu es là, n'est-ce pas ?

231=230 Plan large sur June. Elle s'avance vers lui, toujours floue.

JUNE. Oui, Peter! Bien sûr que je suis là

Petit à petit, elle apparaît nette sur le point de le rejoindre. 231 bis Contrechamp, en plan américain. June de dos termine son mouvement. ils s'étreignent.

PETER. J'ai cru que je t'avais perdue !

Fondu noir.

 

Bureau du docteur Reeves - intérieur jour

232 Le téléphone sonne. Un travelling avant accompagne légèrement Mrs. Trucker, la bonne du docteur Reeves, qui vient décrocher, un balai à la main et un fichu sur la tête Le cadrage se stabilise en plan américain. D'abord de dos, Mrs. Tucker se tourne lentement sur elle-même en répondant au téléphone. On aperĉoit derrière elle une table d'auscultation au fond, un stéthoscope posé sur une petite table et divers instruments médicaux.

MRS. TUCKER. Ici le cabinet du docteur Reeves. Oh! Bonjour miss June! ... (un silence). Oui, n'est-ce pas ? (un silence)... Le docteur Reeves est dans son... " machin ". Vous savez sa " Caméra Obscura". Il a reĉu ses nouvelles lentilles du magasin ce matin et il a obtenu une jolie image. Il a pris la grande table blanche du jardin pour la projeter. Il sera content que vous veniez. Il fait sa démonstration aux chiens pour l'instant...

 

" Camera Obscura " - intérieur jour

233 Plan rapproché dans la pénombre de deux cockers côte à côte. Celui de droite est couché, apparemment endormi. Celui de gauche, assis, semble intéressé par les propos du docteur.

Dr REEVES (off). Hum! Belle journée! Les canards de Mrs. Beed sont sortis bien tôt ce matin. Si elle n'y prend garde, elle va perdre tous ses œufs...

233 bis Plan moyen en plongée : le docteur Reeves observe sur la table ronde et blanche l'image qu'il obtient du village en manipulant le périscope situé au-dessus de lui. On entrevoit les deux chiens en haut du cadre à droite. Sur la table, la rue principale de la ville défile en pano droite rapide. Des vélos passent. Le reste de la pièce est dans une obscurité presque totale.

Dr REEVES. Ah! Voilà le début de la saison de la bicyclette Elle est costaud cette fille! ... Mais il serait temps que Mrs. Tucker aille chercher notre déjeuner... Ah ! La voilà! Tiens, monsieur le curé et sa sœur... J'espère qu'ils ne viennent pas par ici! ... Non! ( 234=233 Plan rapproché des deux cockers dans les mêmes positions respectives. Off.)... Oh! Quelle queue chez le boucher! Il doit avoir des abats! ... (A ces mots, le cocker endormi se réveille et se lève, soudain intéressé. 235 Plan rapproché du haut de la Caméra Obscura : les lentilles et le mécanisme, avec le ciel en fond.).... C'est merveilleux comme les enfants aiment toujours s'asperger d'eau. C'était pareil de mon temps (Long silence). Ici ce sont des arbres. Redescendons.

236 Plan rapproché de la table. Le docteur continue son exploration. Plan large de la campagne environnante. Pano droite sur le toit d'une maison en premier plan. Puis, de nouveau, vue aérienne de la rue principale.

Dr REEVES (off, continuant son commentaire)... Ah! La vieille et espiègle Marie... Sarah Algood prend date pour son prochain rendez-vous... (On aperĉoit June qui arrive en vélo. Elle s'arrête, pose sa bicyclette contre un mur et vient à pied vers le bas du cadre. Off)... Oh! Voilà June! En marchant, elle est belle comme la nuit... A bicyclette, elle resplendit comme le soleil! ...

237 Plan moyen du docteur Reeves à droite du cadre. La ville est toujours visible sur la table. Le docteur tâche son appareillage et va ouvrir la porte de la " Caméra Obscura " dans le fond à gauche. Un travelling avant l'accompagne. La porte ouverte laisse pénétrer le jour éclatant. On aperĉoit dans le fond et vers le bas, June qui discute avec un jardinier. Le docteur l'appelle.

Dr REEVES (criant). Montez!

June lève la tête, l'aperĉoit, monte le petit escalier qui mène au domaine du docteur.

JUNE. Hello, doc!

Dr REEVES. Hello, June! Entrez! Fermez la porte.

June pénètre dans la chambre ; à l'invitation du docteur, elle ferme la porte. La pièce est de nouveau complètement plongée dans l'obscurité.

238 Plan moyen de June et du docteur Reeves qui s'approchent de la table centrale et observent l'image du village qui s'y reflète. En jouant sur le périscope, le docteur Reeves exécute un panoramique sur le village entier.

JUNE. Vous contemplez votre royaume.

Dr REEVES. Un médecin de village doit tout connaître. Vous seriez surprise du nombre de diagnostics que j'ai fait ici.

JUNE. J'aime voir le village d'ici. Il semble si différent.

Dr REEVES. C'est parce que vous le voyez globalement avec une grande netteté, comme dans les yeux d'un poète.

239 Plan rapproché des deux. June manipule à son tour le périscope tout en s'adressant au docteur.

JUNE. Je veux vous parler.

Dr REEVES. Vous me l'avez dit au téléphone. Mais ce n'est pas de mon ressort.

JUNE (insistant). Le docteur Mc Ewen dit que c'est exactement votre domaine.

Dr REEVES. Le voilà mon domaine : un village. Je suis un médecin de village.

JUNE. Uniquement parce que vous vivez dans un village. Le docteur Mc Ewen prétend que ce que vous ignorez de la neurologie tiendrait sur un timbre-poste.

Dr REEVES. J'ai une bonne intuition.

JUNE. Et vos intuitions sont publiées par la Société Royale de Médecine. Je les ai vues dans votre bibliothèque. Le docteur Mc Ewen dit...

Dr REEVES (lui coupant la parole). Je sais ce que le docteur Mc Ewen dit. Je l'ai eu au téléphone ce matin. (il sort du champ à gauche du cadre. June le suit.)

JUNE. Vraiment?

240=237 Plan d'ensemble de la "caméra Obscura ". Le docteur vient de rouvrir la porte. Lui et June se retrouvent en premier plan rapproché, face à face et de profil à la caméra.

Dr REEVES. Après vous avoir parlé... C'est plutôt le travail de la R.A.F. Carter devait rejoindre son unité aujourd'hui.

JUNE. Je sais.

Dr REEVES. Et puis, en quoi cela vous regarde-t-il?

JUNE (un peu gênée). Ça... m'intéresse, simplement

Dr REEVES (amusé). Je vois. Mais strictement parlant, c'est un cas pour la R.A.F.

JUNE (soudain passionnée). Il n'est pas un cas! C'est un être humain! Un... charmant garĉon! Et... et je veux que vous le voyiez, Frank. Je ne veux pas que n'importe qui l'examine et lui pose des questions. Je veux que ce soit vous. Je suis sûre que la R.A.F. dirait...

Dr REEVES. Je sais ce que la R.A.F. dirait : j'ai parlé à son commandant ce matin...

JUNE (soudain rassurée). Oh ! Frank

Dr REEVES... Et j'ai parlé aussi à son médecin militaire. Par bonheur, il avait entendu parler de moi.

JUNE (ravie). Oh! Frank! (Elle l'embrasse sur la joue.)

Dr REEVES. Si vous aviez fait ca plus tôt, je vous l'aurais dit plus tôt. Vous ne pouvez continuer à' enlever les beaux officiers de la R.A.F. simplement parce que vous aimez la forme de leur nez.

JUNE. Ce n'est pas son nez, c'est sa voix. Elle m'a séduite bien avant que je le voie...

Dr REEVES. Il croit toujours qu'il a sauté sans parachute?

JUNE. Oui.

Dr REEVES. A-t-il des hallucinations?

JUNE (acquiesĉant). Hum, hum.

Dr REEVES. Et pendant ses crises, souffre-t-il beaucoup?

JUNE. Oui, oui, en effet!

Dr REEVES. A-t-il des douleurs? Des douleurs ici? (il désigne son front.)

JUNE. Je crois. Je ne sais pas. Vous feriez mieux de lui demander.

Dr REEVES. Est-il convaincu de voir des choses ?

JUNE. Oui. Et de les entendre.

Dr REEVES. Bien. Lui avez-vous dit qu'il racontait des bêtises?

JUNE. Non. Il ne dit pas de bêtises. Il parle avec logique.

Dr REEVES (ironique). C'est donc qu'il n'est pas amoureux. Au revoir.

JUNE (elle descend les marches. Elle se retourne). Frank?

Dr REEVES. Oui.

JUNE. Il a un joli nez aussi

Dr REEVES. Je viendrai à l'heure du thé.

Fondu enchaîné.

 

Route de campagne - extérieur jour

241 Gros plan sur des poules effrayées par le bruit de passage d'une moto. Un panoramique vers le haut dévoile une ferme en plan large. Puis un pano filé à gauche montre la moto du docteur Reeves qui fonce sur la route.

Fondu enchaîné.

242 Plan moyen de la moto et de son conducteur qui entre à droite. Pano rapide vers la gauche qui l'accompagne, pour finir en plan d'ensemble de la route de campagne avec une Jeep qui route devant.

243 Plan rapproché des occupants de la Jeep, deux militaires. Le passager se retourne. 244 Plan large de la route : point de vue du passager. La moto approche. 245=243 Plan rapproché des deux occupants de la Jeep.

LE PASSAGER. C'est le docteur Reeves. Allons-y

246=244 Plan large de la route. La moto se rapproche toujours de la Jeep. 247 Plan rapproché du docteur Reeves, la tête protégée par un casque de motocycliste. 248 Plan large. Point de vue du docteur sur l'arrière de la Jeep. 249-247 Plan rapproché du docteur qui a reconnu le passager et lui fait un signe de la main.

250=248 Plan large de l'arrière de la Jeep. Le passager répond au signe en souriant. La Jeep s'éloigne en accélérant. 251=247 Plan rapproché du docteur. 252 Gros plan du passager qui fronce les sourcils en regardant devant la voiture. 253 Plan large de la route à l'avant de la Jeep. Un virage s'annonce.

254 Plan rapproché du pied du conducteur qui appuie sur le frein. 255 Plan américain du docteur en moto qui s'apprête à dépasser le véhicule. 256 Gros plan de la main du docteur qui freine. 257 Gros plan du docteur, satisfait. 258 Point de vue du docteur : il prend le virage, moto penchée. 259 Plan américain en contre-plongée du docteur sur sa moto qui a réussi son dépassement. Il fait un signe de victoire. 260 Plan large de la route. La moto entre à droite, continue à gauche, suivie de près par la Jeep. Panoramique à gauche rapide.

LES DEUX OCCUPANTS (ensemble). Youpiii

La voiture continue sur la route à gauche tandis que la moto S'engage sur un chemin de traverse à droite.

Fondu enchaîné.

 

Grande salle du mess - intérieur jour

261 Dès le début du fondu, on entend le scherzo du "songe d'une nuit d'été " de Mendelssohn. Plan moyen en plongée de deux filles assises par terre. L'une d'elle termine la calligraphie d'une affiche : " LE PERSONNEL DE LA BASE VOUS PRESENTE "le SONGE D'UNE NUIT D'ETE " DE WILLIAM SHAKESPERE ". Les jambes d'une troisième fille entrent dans le champ à droite. 262 Gros plan de l'affiche. La pointe du pied de la nouvelle venue désigne la faute d'orthographe.

LA FILLE (off). Shakespeare ne s'écrit pas comme ĉa. 263=261 Plan moyen des deux filles assises.

LA FILLE QUI DESSINE. Qu'est-ce que ca peut te faire? Es-tu son impresario? Qu'importe?

264 Plan américain en plongée sur une fille debout, mâchant du chewing-gum (ce simple fait désigne pour l'époque une Américaine), et qui regarde un tableau sur le mur avec insistance.

265 Gros plan en contre-plongée du tableau représentant une femme au visage sévère et revêtue d'un costume élisabéthain.

266=264 La fille sort du champ à gauche.

267 Plan d'ensemble de la salle. On entend se superposant à la musique un fort brouhaha. Sur une estrade, un groupe de comédiens répète sous la supervision du pasteur-metteur en scène.

L'Américaine qui mâche son chewing-gum met son pied sur une petite estrade et rattache sa lanière de chaussure. Elle est vêtue d'un costume de Diane chasseresse.

268 Plan moyen du groupe qui répète. L'un des comédiens improvisé est en train de débiter une tirade.

LE COMEDIEN (récitant)... du plâtre, ou de la terre glaise ou de l'argile pour figurer le mur ; il n'aura qu'à...

LE PASTEUR (l'interrompant brusquement). Non, non, mon cher! Tu joues Bottom comme s'il était un gangster ! Regarde-moi!

Il monte sur l'estrade, récite à son tour la tirade en indiquant le jeu avec des effets appuyés.

LE PASTEUR (récitant). " L'un ou l'autre d'entre nous représentera le mur ; on lui mettra du plâtre, ou de la terre glaise ou de l'argile pour figurer le mur ; il n'aura qu'à écarter les doigts, comme ĉa, pour que Pyrame et Thisbé chuchotent par l'ouverture... " A vous, maintenant.

Le pasteur reprend sa place initiale d'observateur. L'acteur reprend le texte avec un accent vulgaire, accentuant tous les effets indiqués par le metteur en scène...

269 Gros plan du tourne-disque. Le disque se termine. Une main retire le bras de lecture. 270 Gros plan des touches d'un piano. Une main joue les premières notes du "thème de l'au-delà ". 271 Plan large du mess. La répétition se déroule au fond. Au premier plan, June et Peter sont attablés de part et d'autre d'un jeu d'échecs posé sur une petite table. 272 Gros plan de Peter qui lève les yeux, entend le thème joué au piano. Il semble lui rappeler quelque chose. 273 Gros plan de l'échiquier. June déplace la reine. 274 Gros plan de June.

JUNE. Echec! ( 275=272 Gros plan de Peter écoutant toujours. Il ne réagit pas. 276=274 Gros plan de June qui regarde Peter. 277=272 Gros plan de Peter. June off.) Peter, échec!

278=271 Plan large du mess. Arrivée du docteur Reeves auprès d'eux.

Dr REEVES. Bonjour.

JUNE. Hello, Frank! ... Chef pilote Carter... Docteur Frank Reeves.

PETER. Comment allez-vous?

Dr REEVES. Comment allez-vous? Puis-je avoir un peu de thé?

JUNE. C'est commandé. Avec des petits gâteaux.

Peter s'est levé, et allé chercher un siège pour l'offrir au docteur. Frank a retiré sa canadienne. Peter l'a prise et l'a posée sur le dossier du siège du docteur.

Dr REEVES. Bien. Qui gagne?

PETER. June est très forte.

JUNE. Mais c'est lui qui gagne. Asseyez-vous... (ils s'assoient l'un et l'autre. Durant tout ce début de scène, le docteur Reeves n'a pas une seule fois quitté Peter des yeux.)... J'ai parlé à Peter.

Dr REEVES. De quoi?

JUNE. De vous. De ce que vous êtes. De ce que vous faites.

Dr REEVES. Hum! Grosse affaire!

JUNE. Et je vous ai tout dit à son propos.

Dr REEVES (se tournant vers Peter). A-t-elle lu vos poèmes?

JUNE (279 plan rapproché, surprise). Quels poèmes?

Dr REEVES (off). Mais ne savez-vous pas qui est "Peter Carter "?

JUNE (se rappelant soudain). Je n'avais pas réalisé

280 Plan large des trois autour de la petite table, en légère plongée. Peter de face, June de dos, Reeves de trois quarts.

PETER (l'excusant). Nous n'avons pas parlé de ĉa.

Dr REEVES (sincère). Je n'ai pas beaucoup de modernes dans ma bibliothèque, mais vous y êtes.

PETER. Flatté!

Dr REEVES. J'aime votre faĉon de voir les choses. Et j'aime votre anglais. J'espère que nous aurons quelques conversations ensemble.

PETER. Moi aussi.

281 Plan américain de June et Reeves de face.

Dr REEVES. Venons-en au fait. Vous n'aviez jamais eu de visions ou d'hallucinations auparavant?

PETER (282 plan américain de lui seul, décontracté, mains croisées devant lui. Jamais.

Dr REEVES (off. Que faisiez-vous dans le civil ?

PETER. J'étais à Oxford.

Dr REEVES (off). Dans une spécialité?

PETER. Histoire de l'Europe.

283=281 Plan américain de June et le docteur. Ce dernier se penche en avant, intéressé.

Dr REEVES. Vos parents sont encore vivants?

PETER (off. Ma mère.

Dr REEVES. Des frères? Des sœurs?

PETER (off. Deux sœurs. Toutes deux dans les W.R.E.N.S.

Dr REEVES. Quelle fut la cause de la mort de votre père?

 

PETER (284=282 plan américain, souriant). La même que la mienne.

Dr REEVES (off). Le cerveau?

PETER. Non, la guerre.

Dr REEVES (off). Quand?

PETER. 1917.

285 lnsert en plan rapproché de June seule qui écoute attentivement.

Dr REEVES (off). Vous avez... vingt neuf ans?

PETER (off). Vingt sept.

Dr REEVES (off). Appelé?

PETER (off). Volontaire. Entraîné au Canada. Opérationnel en 1941.

Dr REEVES (off). Dans les bombardiers?

PETER (286=282 plan américain de lui seul. Un temps à la Défense Côtière. Puis instructeur. Et retour aux bombardiers Lancaster.

Dr REEVES (off). Vous avez dû faire beaucoup d'opérations?

PETER. Soixante sept.

287=281 Plan américain de June et du docteur.

Dr REEVES. Je suis surpris qu'ils vous aient remis à l'actif avec votre expérience et votre ancienneté.

PETER (288=282 plan américain). Nouveau matériel. Forteresse volante.

Dr REEVES (off). Hum. Délicat.

PETER. Quelqu'un doit le faire.

289=281 Plan américain de June et du docteur. Il se radosse à son fauteuil.

Dr REEVES. Maintenant, à propos de ces maux de tête... (290=282 Plan américain de Peter. Off.)... Quand ont-ils commencés?

PETER (un peu gêné). Quels maux de tête?

Dr REEVES (off). Je sais que vous en avez. Et je sais que vous en avez déjà eus. Et je sais que vous n'en avez parlé à personne, surtout pas à votre médecin militaire. Ai-je raison?

PETER (méfiant). Que savez-vous d'autre ?

291=281 Plan américain de June et du docteur.

Dr REEVES. Vos yeux...

PETER (off). Vous en savez beaucoup...

Dr REEVES. J'aimerais en savoir plus. 292=282 Plan américain de Peter.

PETER (il hésite un instant). D'accord.

293=281 Plan américain June et le docteur. Il se repenche à nouveau.

Dr REEVES. Ces maux de tête. Quand ont-ils commencé?

294=285 lnsert de June seule, en plan rapproché qui écoute.

PETER (off). A peu près six mois.

Dr REEVES (off). Forts?

PETER (off). Pas au début.

Dr REEVES off). Où principalement? (295 Plan moyen de Peter et du docteur. Peter de face. Amorce de Reeves penché sur lui. Peter se touche le front.) Frontal et temporal. Avez-vous reĉu un coup sur la tête?

PETER. Je ne pense pas.

Dr REEVES. Certain?

PETER. Sauf les coups habituels, quand on est bébé... (296=281 Plan américain de June et du docteur. Un lent travelling amère découvre Peter.)... Est-ce que ĉa signifie quelque chose pour vous?

Dr. REEVES. Oui, j'en ai peur.

PETER. Je vais voir ce que je peux vous trouver.

Dr REEVES. Me permettez-vous d'essayer quelque chose?

PETER. Allez-y!

Le docteur se lève, vient derrière Peter toujours assis, lui désigne le fond de la salle.

Dr REEVES. Regardez par-là. Ne bougez pas... (297 Plan américain de Peter assis, le docteur Reeves debout derrière et penché sur lui.)... Maintenant, ne bougez pas vos yeux. Regardez droit devant vous.

298 Plan d'ensemble de la salle (point de vue de Peter.) Au centre, on aperĉoit la fille en Diane chasseresse debout sur la petite estrade.

Dr REEVES (off). Que voyez-vous?

PETER (off). Cette fille aux cheveux roux et ses jambes.

Dr REEVES (off). Oui, je l'ai repérée. ( 299=297 Plan américain de Peter et du docteur. Un travelling avant resserre le cadrage en plan rapproché. Reeves se penche d'avantage sur Peter.)... Ne la quittez pas des yeux.

PETER (à son aise). Ce sera facile.

Dr REEVES. Sans bouger vos yeux, que pouvez-vous voir à l'extrême droite?

PETER. La cheminée.

Dr REEVES. Au centre?

PETER. La fille.

Dr REEVES. A l'extrême gauche?

PETER (il hésite très longuement)... Les fenêtres...

300 Plan d'ensemble de la salle (point de vue de Peter). La fille Diane chasseresse est à droite du cadre.

Dr REEVES (off). Les rideaux?

PETER (off). Oui.

Dr REEVES (off). Quelle couleur?

PETER (off). Rouge.

301=fin 299 Plan rapproché de Peter et le docteur. Reeves se relève et contourne le fauteuil.

Dr REEVES. C'est bien ce que je pensais.

302 Plan d'ensemble de la salle avec les trois en premier plan.

JUNE (un peu irritée). Quand vous aurez fini de lorgner les jambes de cette fille, tous les deux...

PETER (amusé, mais de bonne foi). Vous devez suivre les instructions de votre médecin. (303 Plan américain de Peter seul. Léger travelling avant. Il croise les doigts.)... Entre nous, elles ne me plaisent pas.

Dr. REEVES (304 plan de lui, seul, assis dans son fauteuil.) Bon... Manque d'appétit?

PETER. Non.

Dr REEVES... De soif?

PETER (amusé). Aucun risque

Dr REEVES. En fait, vous avez mangé et bu plus que d'habitude.

PETER (305 gros plan, ironique). Vous avez dû consulter mes notes au mess.

306=304 Plan américain du docteur qui se penche à nouveau. Un travelling avant resserre en gros plan. Le thème de l'au-delà reprend au piano.

Dr REEVES. Et... vous avez vu quelque chose...

PETER (off)... Quelqu'un.

Dr REEVES. Nettement?

PETER (307=305 gros plan) Aussi nettement que je vous vois.

Dr REEVES (off). Aviez-vous déjà eu semblable hallucination?

PETER. Non-merci!

Dr REEVES (308=fin 306 gros plan). Dites-moi. Croyez-vous à la survie de la personnalité après la mort?

PETER (309=305 gros plan). Je croyais que vous aviez lu mes vers?

310=308 Gros plan du docteur qui ne répond pas immédiatement, se tourne vers June.

Dr REEVES. Et vous?

JUNE (311 Plan rapproché, avec l'échiquier en amorce. Perplexe). Je ne sais pas. Je n'y ai jamais vraiment pensé. Et vous?

Dr REEVES (312=308 gros plan. Léger travelling arrière.) Je ne sais pas. J'y ai trop pensé... (313=311 Insert muet de June en plan rapproché. 314=305 Gros plan de Peter muet. Il se radosse au fauteuil. 315=308 Gros plan légèrement plus large du docteur. A June). Je croyais que vous aviez commandé du thé ?

JUNE (316=311 plan rapproché). Ce n'est pas encore l'heure.

Dr REEVES (317=308 gros plan, il prend des notes sur un petit calepin.) Moi, mon heure est passée. Une dernière question. Elle pourra vous paraître absurde, mais... Avez vous imaginé récemment que... (318 Gros plan de Peter qui se redresse soudain. Off.)... vous sentiez quelque chose qui ne pouvait pas être là?

PETER (stupéfait). Comme c'est extraordinaire

JUNE (319=311 plan rapproché écoutant attentivement). Quoi?

PETER (toujours au docteur, off). Comment avez-vous su?

Dr REEVES (off)... L'expérience. Vous avez donc senti?

PETER (320=318 gros plan, soulagé). Oui. C'était si absurde que je ne vous en aurais jamais parlé !

Dr REEVES (off). C'est important. Cela pourrait expliquer toutes les choses anormales que vous avez vues ou entendues.

PETER. Cela pourrait être un soulagement. Mais ca n'expliquerait pas comment je suis encore en vie après avoir sauté sans parachute.

Dr REEVES (321=308 gros plan). Non. Mais il doit y avoir une explication naturelle, même pour ca. Quant à ce... messager céleste... Vous l'avez vu très clairement?

PETER (322=318 gros plan). Je vous l'ai dit : aussi clair que je vous vois.

Dr REEVES (off). Et cette odeur que vous imaginiez... Elle s'est produite au même instant?

PETER. Oui. Et elle était particulièrement forte.

Dr REEVES (323 gros plan, penché en avant). Etait-elle agréable?

PETER (off). Très...

Dr REEVES. Pouvez-vous la définir?

PETER (324=318 gros plan)... Oignons frits

325=311 lnsert de June en plan rapproché. Le scherzo de Mendelssohn se fait entendre à nouveau.

Dr REEVES (off). Et, ce... messager... 326=323 gros plan)... il n'est pas revenu?

PETER (off). Non, mais il doit revenir.

Dr REEVES. Quand?

PETER (327=318 gros plan). Il choisit son moment et arrête le temps.

JUNE (328=311 plan rapproché). Peter a fait appel.

Dr REEVES (off). Contre quoi?

JUNE. Contre "leur " décision.

 

Dr REEVES (329=323 gros plan). Ça c'est du caractère N'abandonnez pas!

PETER (330=318 gros plan). Certainement pas... (331 Plan large de la salle avec les trois en premier plan. Le docteur se lève pour prendre congé.) J'ai de la chance que June vous connaisse, docteur. Merci d'être venu! (Peter se lève à son tour. June demeure assise.)

Dr REEVES. Les amis de June ont de la chance (se tournant vers elle). J'ai une mauvaise nouvelle pour vous.

JUNE. Alors, pourquoi ce sourire?

Dr REEVES. Vous venez avec moi.

JUNE. Où cela?

Dr REEVES. Chez moi. Pour deux raisons. Premièrement, je veux rencontrer cet individu la prochaine fois qu'il viendra. Deuxièmement, j'aime voir une jolie fille à la maison, et elle ne vient que pour m'emprunter un livre... Et elle lit très lentement!

PETER. Et pour mon commandant?

Dr REEVES. Je me suis entendu avec lui. Et puis, jusqu'à ce que tout soit arrangé, c'est moi votre commandant... (Il regarde sa montre.) Et chez moi, vous prendrez le thé à 4h30 précises.

332 Plan moyen sur l'entrée bruyante de soldats poussant une table roulante.

LE MILITAIRE. C'est l'heure du thé

333 Plan américain en légère plongée. Peter de face, June de trois-quarts à gauche, le docteur Reeves se rassoit à droite. Entrée dans le champ du militaire avec le plateau de biscuits.

LE MILITAIRE. Un biscuit, doc ?

Dr REEVES (se servant). Merci.

Entrée du pasteur, souriant, un gâteau à la main.

LE PASTEUR. Ca prend forme, Frank! Ca prend forme

Fondu Noir

 

Maison du Docteur - intérieur jour

334 Ouverture en fondu sur un plan large de Peter endormi dans un fauteuil. Un travelling circulaire vers la droite découvre la bibliothèque du docteur avec des piles de livres qui entourent Peter. On entend le bruit d'une partie de ping-pong. La fin du plan découvre les deux joueurs June et le docteur Reeves - à travers une petite fenêtre s'ouvrant sur la salle de jeu.

Dr REEVES. Ach... ah! ah! ah!... 20 partout

335 Plan large de June (de face) et du docteur (de dos) jouant. Un travelling circulaire vers la droite, similaire du précédent, découvre dans le fond la fenêtre, avec Peter endormi à l'intérieur de la bibliothèque.

JUNE. 21 à 20! Désolée...

Dr REEVES (336 plan américain). Désolée... Prête?

JUNE. Prête. Mon œil

Le docteur sert. Plusieurs panos filés gauche-droite, puis droite-gauche pour suivre la balle.

Dr REEVES. Presque...

JUNE (337= fin 335 Plan large de June et du docteur). Presque ne compte pas. 21 partout! (Elle rate la balle.) Oh!

Dr REEVES. Ca fait dix

JUNE (songeuse). Je me demande si Peter est un bon joueur?

Dr REEVES. Vous pourrez lui demander à son réveil.

JUNE (légèrement irritée). Ça fait deux heures et demie qu'il dort!

Dr REEVES. Il se réveillera à onze heures.

JUNE. Comment le savez-vous?

Dr REEVES. Je lui ai donné un comprimé.

JUNE. Comment pouvez-vous être si précis?

Dr REEVES. Vous pouvez être précis si vous connaissez le malade.

JUNE. Mais le connaissez-vous?

Dr REEVES. Je pense.

JUNE. Bon. Alors dites-moi quelque chose sur lui.

Dr REEVES (338=début 336 plan américain). Est-ce qu'on joue au ping-pong oui ou non?

JUNE. D'accord, d'accord! A vous le service. (Le docteur sert. Pano filé à gauche. June rate la balle, puis pose la raquette.) ... A vous la partie! ... (Elle contourne la table par-devant. Léger panoramique d'accompagnement à droite. Pressante.) Maintenant, dites-moi ce que vous pensez de Peter.

Le docteur entre à son tour dans le champ. Plan américain de profil des deux côtes à côte.

Dr REEVES. Je le trouve fascinant

JUNE (rêveuse). Moi aussi!

Dr REEVES. Médicalement... pas biologiquement ! Un verre?

JUNE. J'aimerais bien! (ils sortent du champ à gauche. 339 lnsert muet en plan rapproché de Peter endormi. 340 Plan large de June et du docteur devant le bureau de ce dernier en amorce. June aperĉoit des livres ouverts.) Que disent les livres, docteur?

Un travelling gauche accompagne June qui s'approche de Peter, remonte sa couverture. Le docteur la rejoint, deux verres à la main.

Dr REEVES (citant). " Je vois un sinistre étranger dans sa vie ".

Les trois se trouvent maintenant en plan moyen. La tête de Peter endormi émerge derrière les piles de livres. June et le docteur se tiennent de face.

JUNE (avidement). Savez-vous ce qui ne va pas chez lui?

Dr REEVES. Oui, je crois.

JUNE. Est-ce qu'il se remettra?

Dr REEVES. Il se remettra. (il lui tend un verre.) Voilà votre verre.

JUNE. Aura-t-il d'autres hallucinations?

Dr REEVES. Oui.

JUNE. Comment le savez-vous?

Dr REEVES. Parce que cet envoyé a promis de revenir.

JUNE. Est-ce que ca va aggraver son cas?

Dr REEVES. Pourquoi donc?

JUNE. (perplexe). Je ne sais pas... Voir des choses... Plaider pour sa propre vie... Parler à un homme qui n'existe pas...

Dr REEVES (convaincant). Mais il existe pour lui.

JUNE (inquiète). Est-ce qu'il ne va pas devenir fou? Son cerveau n'est-il pas atteint?

Dr REEVES. Bien sûr qu'il est atteint! Mais pas dans le sens où vous l'entendez. C'est pourquoi je l'ai interrogé sur son odorat.

JUNE. J'ai compris que c'était important.

Dr REEVES. Ses hallucinations parfaitement structurées sont comparables à l'expérience de la vie réelle - une combinaison de bruits, d'images et d'idées. Pour un neurologiste, tout cela indique un lien direct avec le sens du goût et de l'odorat. Une fois ce lien déterminé, nous savons dans quelle direction chercher. J'ai simplement besoin de découvrir encore une chose dans son histoire, et je la trouverai... Mais je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant.

JUNE (elle se rapproche de Peter, songeuse). Comment a-t-il survécu à sa chute?

Dr REEVES. Je n'en sais rien.

JUNE. Si nous pouvions le découvrir... et lui dire... cela le sauverait.

Dr REEVES. Ça l'aiderait. Mais le plus important pour lui est de gagner son procès!

JUNE (elle rejoint le docteur, incrédule). Etes-vous sérieux?

Dr REEVES. Absolument. Nous devons l'aider à gagner

JUNE Comment?

Dr REEVES. Cela dépend du message que lui apportera l'envoyé.

JUNE. Mais supposons qu'il perde son procès (puis réagissant soudain.) Oh ! C'est absurde!

Dr REEVES. Si nous voyons, si nous pensons qu'il est en train de le perdre, il nous faudra trouver la raison pour laquelle il a survécu. Ou l'inventer. Nous boirons quelques verres, vous et moi, et nous inventerons le plus grand mensonge de toute l'histoire de la médecine. Une autre partie?

JUNE. Ca ne me dit rien. (Elle regarde Peter.)

Dr REEVES. Ne vous inquiétez pas pour lui. Vous voyez cette clochette?

Il désigne une petite clochette posée sur une petite table à proximité de Peter.

JUNE. Oui.

Dr REEVES. Il a promis de sonner s'il reĉoit une nouvelle visite.

JUNE. Très bien.

Ils sortent tous deux à droite du champ.

Dr REEVES. A vous de servir !

341 Plan large de June suivie du docteur qui entrent dans la salle de jeux. Un léger pano droite découvre la table. Ils s'installent de part et d'autre. June envoie la balle avant que le docteur Reeves ait posé son verre. Quelques échanges rapides ont lieu. Soudain, les deux joueurs se figent en plein mouvement l'un et l'autre, raquettes en l'air, prêts à l'action.

342 Gros plan de Peter qui renifle quelque chose ; cela le réveille. Il ouvre un œil puis le referme immédiatement.

343 Plan américain de l'envoyé céleste adossé à une colonne, qui regarde Peter en souriant.

344 Plan américain de Peter étendu dans son fauteuil. Les yeux toujours fermés, il tend la main vers la clochette, la saisit et la secoue violemment. Aucun son ne se fait entendre. Il ouvre les yeux, se lève brusquement, et sort du champ à droite.

PETER (appelant). Doc, il est là! June !

345 Plan large de la bibliothèque. L'envoyé céleste est toujours adossé à la colonne. Dans sa précipitation, Peter renverse un petit guéridon et la pile de livres qu'il supportait. Aucun bruit. Il se rue vers la porte.

346 Plan large de la salle de jeu. June et le docteur Reeves ont figés. Un pano accompagne Peter (en léger ralenti.) Il les interpelle. (fin de plan=fin 341)

PETER. Doc!

347 Plan américain du docteur figé de profil. Peter de dos.

348 Gros plan de Peter, perplexe. 349 Plan américain de June figée. 350 Gros plan de Peter, ébahi, qui regarde l'un et l'autre. Il se retourne à moitié en pensant à l'envoyé céleste présent dans l'autre pièce.

351=fin 346 Plan large de la salle de jeu. June et le docteur toujours immobiles. Peter marche lentement le long de la table de ping-pong.

352 Plan moyen de l'envoyé céleste dans la bibliothèque, à gauche du cadre. Toujours adossé à la colonne. Il tend le bras, un livre lui saute dans la main (plan tourné à l'envers.)

353 Gros plan de la couverture du livre : "MES MEILLEURES PARTIES D'ECHECS " PAR LE DOCTEUR ALEKHINE. 354 Plan moyen du guéridon renversé par Peter qui se redresse comme par magie. Les livres reprennent leur place en pile (plan tourné à l'envers.)

355=351 Plan large de la salle de jeu. June et le docteur immobiles de part et d'autre de la table. Peter retourne lentement vers la bibliothèque, presqu'à contrecœur. Sur le pas de la porte, il s'arrête surpris, avant d'entrer.

356=352 Plan moyen de l'envoyé céleste qui feuillette distraitement l'ouvrage qu'il tient en main. Un travelling arrière découvre en plan large Peter sur le pas de la porte.

ENVOYE CELESTE (en franĉais). Eh bien, mon cher. Comment ce va?

PETER (il entre, va vers la clochette). Pas très bien.

ENVOYE CELESTE (le singeant). " Pas très bien. " Je ne secouerais pas cette clochette à votre place. Rien ne se passera. ( 357 plan américain). Encore un de mes tours, vous vous souvenez? Après tout, qu'est-ce que le temps? ... (il fait un large geste de la main. La lumière s'éteint soudainement. Le vent souffle les pages du livre. On entend un bruit de tempête et des éclairs illuminent les lieux. Poursuivant sa démonstration)... Une pure tyrannie !

358 lnsert en plan moyen de la maison vue de l'extérieur, sous le vent et la pluie.

359=357 Plan américain de l'envoyé céleste dans la tempête. Peter entre dans le champ à droite, remonte son col et ferme sa veste. La tempête s'arrête brusquement. La lumière revient. Peter et l'envoyé céleste se trouvent de part et d'autre de la colonne. Peter rouvre sa veste, rabat son col, soulagé.

PETER (avec acrimonie). Prévenez-moi la prochaine fois que vous ferez cela.

ENVOYE CELESTE (désignant l'ouvrage qu'il tient à la main). Ça paraît bon.

PETER. Excellent. Vous connaissez l'auteur?

ENVOYE CELESTE. Non, mais j'ai souvent joué avec Philidor.

PETER. Philidor?

ENVOYE CELESTE. Le plus grand maître d'échecs qui ait jamais vécu. Un Franĉais naturellement... (il passe derrière la colonne et Peter. Léger recadrage en pano droite. Insidieusement)... Venez avec moi, je vous présenterai.

PETER (songeur). Bon...

ENVOYE CELESTE (triomphant). Parfait.

PETER (se ressaisissant). Non, je veux dire, avez-vous de bonnes nouvelles pour moi, mon ami?

ENVOYE CELESTE. Comment avez-vous deviné?

PETER. Vous n'espériez tout de même pas m'attirer avec ce vieux Fillimore...

ENVOYE CELESTE. Philidor.

PETER ... Philidor. Si jamais vous avez le droit de me " conduire ".

ENVOYE CELESTE. C'est vrai.

PETER. Alors?

ENVOYE CELESTE (il reprend sa place initiale de l'autre côté de la colonne). Officiellement, j'ai de bonnes nouvelles pour vous. Vous êtes autorisé à faire appel devant la Haute Cour.

PETER. Splendide!

ENVOYE CELESTE. Ce sera un procès "en grandes pompes ". Très chic! ... Dans trois jours... Pour vous laisser le temps de préparer votre défense.

PETER. De mieux en mieux.

ENVOYE CELESTE. Ne vous réjouissez pas trop vite !

PETER (alarmé). Il y un "hic "?

ENVOYE CELESTE (acquiesĉant)... Le Procureur Général. Naturellement, je ne suis pas autorisé à donner un avis ou exposer une opinion personnelle, mais...

PETER (impatient). Qui est le Procureur Général?

ENVOYE CELESTE (le ménageant). Préparez-vous...

PETER. A quoi?

ENVOYE CELESTE. A un choc !

PETER (de plus en plus inquiet). Ah ! Dites-moi le pire. Qui est-ce?

ENVOYE CELESTE (en prononcent en franĉais). Abraham Fartan !

PETER (intrigué). Redites-moi ĉa?

ENVOYE CELESTE (avec l'accent anglais). Abraham Parlan !

PETER. Jamais entendu parler de lui

ENVOYE CELESTE (étonné). Non?

PETER. Jamais de toute ma vie.

ENVOYE CELESTE (avec évidence). Il vit à Boston.

PETER. Je n'ai jamais mis les pieds à Boston

ENVOYE CELESTE (insistant). Massachusetts

PETER (excédé). Je n'ai jamais été là-bas !

360 Gros plan de l'envoyé céleste.

ENVOYE CELESTE (posément). Abraham Farlan est mort à Boston en 1775. Est-ce que ĉa vous dit quelque chose?

PETER ( 361 gros plan). Lexington... Concord...

ENVOYE CELESTE (362=360 gros plan). Exactement. Vous êtes fort en Histoire. La Guerre de l'Indépendance...

PETER (363=361 gros plan, saisissant peu à peu). Comment a-t-il été tué?

ENVOYE CELESTE (off). Par une balle anglaise.

PETER. Oh!... Cela pourrait me porter préjudice.

ENVOYE CELESTE (364=360 gros plan, expliquant), Il vous déteste, vous et tous les Anglais. ( 365=361 gros plan de Peter. Off.) Et plus particulièrement votre petite affaire avec cette fille de Boston.

PETER (irrité). Ce n'est pas une " petite affaire "

ENVOYE CELESTE (366=360 gros plan). Oh ! Une grosse affaire 1 Il vous en détestera encore plus!

367=359 Plan américain des deux côte à côte, séparés par la colonne.

PETER (pensif). Je ferai appel contre lui.

ENVOYE CELESTE. Ça serait mauvais pour vous. Après tout, nous avons dû choisir un homme capable, l'honneur du Département était en jeu. Non, ce qu'il faut, c'est choisir un homme capable de votre côté !

PETER. Comme Avocat de la Défense?

ENVOYE CELESTE. Précisément!

PETER. Puis-je choisir n'importe qui?

ENVOYE CELESTE. N'importe qui dans l'Autre Monde. Quiconque a vécu sur terre. Tout le monde est à votre disposition. (il esquisse un pas de danse, s'écarte de Peter. La caméra le suit en pano gauche. Peter hors champ.) Vous pouvez me choisir.

PETER (off). Ça ferait bien sur vos tablettes.

ENVOYE CELESTE. Mais ne perdez pas de temps. Abraham Farlan est déjà en train de constituer son dossier. Vous pouvez choisir Socrate, vous pouvez choisir William Pitt, vous pouvez choisir Henri VIII... (il rejoint Peter. Un pano droite ramène le cadrage identique au début du plan. Illuminé)... Oh! Madame Du Barry ! Elle s'y connaît en amour!

PETER (toujours pensif). Aucun ne me convient.

ENVOYE CELESTE. Vous êtes un bon joueur d'échecs. Alors, Philidor!

PETER (sans enthousiasme). J'y penserai.

L'envoyé passe à nouveau derrière la colonne et se plaĉant derrière Peter, lui montre le livre qu'il tient toujours à la main.

ENVOYE CELESTE. A propos! J'aimerais vous emprunter cela.

PETER. Ce n'est pas à moi. Ca appartient au docteur.

ENVOYE CELESTE (avec une moue). Oh! Les docteurs

PETER. Eh bien, quoi?

ENVOYE CELESTE. Ils me causent beaucoup d'ennuis dans mon travail.

Il recule et disparaît dans l'ombre derrière Peter. On entend soudain le bruit de la balle de ping pong qui rebondit dans la pièce à côté, puis une sonnette qui tinte.

368 Reprise du pano filé 336 qui suit la balle, sur le bruit insistant de la sonnette. 369 Plan large de la salle de jeu. June et le docteur abandonnent brusquement leur partie, jettent les raquettes sur la table et se précipitent dans la bibliothèque. Pano gauche d'accompagnement. 370 Plan moyen de Peter assis dans le fauteuil, la tête dans les mains. June et le docteur entrent dans le champ à droite.

Dr REEVES. Il était ici. Il s'est joué de nous.

PETER. Oui, il était... ici! (Peter se lève, montre la colonne, puis s'approche du guéridon, jette deux ou trois livres par terre.) Et tout cela était par terre !

Dr REEVES. (prenant Peter par les épaules). Peter, asseyez-vous...

Peter assis se prend la tête dans ses mains. June et le docteur Reeves s'agenouillent auprès de lui. Le docteur le déchausse pour tester ses réflexes sous la plante des pieds, tout en lui parlant...

Dr REEVES. Levez les yeux. Vous avez discuté âprement?

PETER. Oui.

Dr REEVES. J'espère que vous n'avez lâché sur rien?

PETER. Non !

Dr REEVES. Ça, c'est du caractère.

JUNE. Puis-je rester pour la nuit, Frank?

Dr REEVES. Oui. Je vais prévenir Mme Tucker.

JUNE. Je n'ai pas besoin de grand-chose.

Dr REEVES. Maintenant, voyons... Hum ! Je vais dire à Mme Tucker que vous restez.

PETER. Docteur Reeves

Dr REEVES. Oui.

PETER. Puis-je rester ici? Je veux être auprès de ces livres.

Dr REEVES. Oui, bien sûr! Nous allons installer un lit de camp.

Le docteur sort de la pièce par la porte du fond.

371 Plan américain de Peter et June restés seuls. Peter se redresse brusquement.

PETER (joyeux). Grande nouvelle, chérie.

JUNE. Quoi, chéri?

PETER. Je suis autorisé à faire appel.

JUNE (dubitative). Vraiment?

Peter se renverse en arrière. June l'accompagne dans son mouvement. Travelling arrière qui les resserre en plan rapproché.

PETER. June... Je ne veux pas te quitter.

JUNE (le prenant dans ses bras). Mais, chéri, pourquoi me quitterais-tu? Tout ira bien maintenant!

PETER (pensif). Si je peux trouver un bon avocat...

JUNE (rassurante). Bien sûr, tu pourras !

PETER. C'est très important. Je ne veux pas te perdre

JUNE. Mais chéri, je n'ai pas l'intention de te laisser partir. Personne ne t'enlèvera à moi. Je ne les laisserai pas faire.

PETER. Ce n'est pas bon pour moi, tu sais. Si je perds mon procès, j'aurais contre moi toute la puissance de ce Monde... et de l'Autre!

372= fin 370 Plan moyen. Peter assis, June l'enlaĉant, le docteur Reeves rentre dans la pièce par la porte du fond, un verre à la main. Madame Tucker le suit avec un lit de camp quelle va déposer et sort du champ à gauche. Le docteur se penche vers Peter, lui tend le verre.

Dr REEVES. Buvez ĉa.

JUNE (au docteur). Peter a obtenu le droit de faire appel

Dr REEVES. Magnifique ! Avez-vous senti quelque chose?

PETER. Oui!

Dr REEVES. Les mêmes oignons frits?

PETER. Oui!

Dr REEVES. Bien. Buvez. Mal à la tête?

PETER (acquiescent en buvant). Hum.

Le docteur va fermer les rideaux de la fenêtre à droite du champ. Recadrage caméra. La pièce est plongée dans la pénombre.

Dr REEVES. Vous me raconterez demain ce qu'il vous a dit.

PETER. Non! Il m'a dit... Bonté divine!

Madame Tucker ressort par la porte du fond. Peter cherche autour de lui.

Dr REEVES. Qu'y-a-t-il?

PETER. Il a pris "mes Cents Meilleures Parties "

JUNE. Quoi?

Madame Tucker repasse avec une couverture.

Dr REEVES (comprenant). Le livre d'échecs d'Alekhine "mes Cents Meilleures Parties ". (A Peter.) En êtes-vous sûr?

PETER. Absolument. Il l'avait dans la main. Quel culot!

Dr REEVES. En effet. Et maintenant, au lit!

Un travelling avant recadre les trois en plan rapproché. Peter assis, June agenouillée, Reeves penché sur eux.

PETER. Je veux vous parler d'abord. C'est important.

Dr REEVES. Pas maintenant. Vous allez d'abord bien dormir. Demain, vous serez frais comme la rose.

PETER. C'est à propos de mon avocat... (réalisant brusquement). J'ai l'impression que vous ne croyez pas un mot de ce que je dis.

JUNE. Bien sûr que si !

Dr REEVES (rassurant) Mon cher ami, sur terre c'est moi votre avocat. Et en tant que tel, je crois tout ce que vous me dites!

Fondu enchaîné.

 

Hôpital - intérieur soir

373 Gros plan en insert sur la pancarte "u.s. 56 GENERAL HOSPITAL " Sous la pluie. Fondu enchaîné. 374 Plan d'ensemble du hall de l'hôpital avec le bureau d'accueil. A l'extérieur, la pluie s'écrase sur les vitres de la porte d'entrée. Le docteur Reeves entre en tenue de motocycliste. Un brancard roulé par deux infirmiers traverse le champ. Un troisième personnage les suit. Reeves l'interpelle.

Dr REEVES. Hello, docteur Gaertler.

Reeves s'approche de lui. Ils se retrouvent tous deux en plan américain.

Dr GAERTLER. Hello, docteur Reeves !

Dr REEVES. Le docteur Mc Ewen est-il libre?

Dr GAERTLER. Il va opérer. Mais il n'a pas encore commencé. Je vais le prévenir... (il s'en va vers la salle d'opération. Reeves lui emboîte le pas. Pano droite, puis travelling avant pour les suivre dans le couloir.) Je pense qu'il vous verra dans le cabinet de toilettes.

Dr REEVES. Merci.

Dans le fond, Gaertler parle à une infirmière derrière la porte vitrée de la salle d'opération. Il se tourne vers Reeves, lui fait signe "o.k. " et sort du champ à droite. Un médecin, portant le masque opératoire, sort de la salle, Reeves le voyant venir, pénètre à droite dans le cabinet de toilette.

375 Plan moyen du cabinet de toilette. Reeves entre par la gauche du cadre. Son collègue pénètre lui aussi par la gauche, et reste au fond. Tout le temps de l'entretien, il garde son calot, son masque et les mains gantées, levées et prêtes.

Dr Mc EWEN. Hello, Frank! Du nouveau?

Dr REEVES. Ça empire. Nous devons opérer cette nuit !

376 Plan américain de Reeves de dos, Mc Ewen de face.

Dr Mc EWEN. C'est impossible! Nous sommes débordés. Etes-vous sûr de votre diagnostic?

Dr REEVES (377 plan américain, de face). Certain! J'ai trouvé l'élément qui me manquait. Il y a deux ans, il a eu une légère commotion sans suites immédiates. Les rayons X n'ont rien montré. Vous avez lu le rapport sur ses yeux. Vous connaissez ses hallucinations parfaitement structurées, accompagnées d'odeurs. Tous ces éléments indiquent des adhérences à l'arachnoïde affectant le nerf olfactif et le cerveau.

Dr Mc EWEN (378=376 Plan américain des deux. Reeves de dos). C'est une opération délicate. Je n'en ai jamais vue.

Dr REEVES (379=376 plan américain). Moi si... Plusieurs... A l'Hôpital de la Pitié à Paris. J'ai pris des notes... (il sort un carnet, le pose sur la table.) Peut-être le chirurgien pourrait-il les voir?

Dr Mc EWEN (380=376 plan américain des deux). Bien sûr ! Ce sera le docteur Leiser. C'est un neurochirurgien de premier ordre.

Dr REEVES. Leiser. C'est l'homme qu'il faut !

Dr Mc EWEN. Mais je ne vois pas comment nous pourrons nous arranger cette nuit. Il n'y a pas de crise dans ce genre d'affection... (381 plan rapproché du docteur Reeves. Off.)... N'importe quel jour conviendrait.

Dr REEVES. Non, impossible! (il se rapproche dé la caméra jusqu'au gros plan.) Il y a une crise et je vais vous dire pourquoi. J'ai peur que son cerveau soit atteint définitivement.

Dr Mc EWEN (382 gros plan). Folie?

Dr REEVES (off). Oui.

Dr Mc EWEN. Pourquoi?

Dr REEVES (off). Parce que son procès est fixé pour cette nuit et il n'a encore trouvé personne pour le défendre... (383 Gros plan de Reeves.)... Il passe tout son temps dans ma bibliothèque ou en discussion avec la fille et moi. Il dort seulement quand je le drogue. Ce garĉon a un esprit solide mais surmené. Voilà le problème : un esprit trop puissant. Un esprit trop fragile n'est pas assez fort pour se nuire... (384=382 gros plan de Mc Ewen. Off..)... La stupidité a sauvé bien des hommes de la folie

Dr Mc EWEN. Là vous avez raison!

Dr REEVES (385=383 gros plan). Il a eu plusieurs conversations avec cet Envoyé Céleste. Hallucinations, bien sûr ! Mais... mais vous n'avez jamais vu une telle imagination. J'ai appris des tas de choses sur l'Autre Monde... ses lois, son système, son architecture. Et voilà le fait intéressant. Il ne sort jamais des limites de sa propre imagination.

Dr Mc EWEN (386=382 gros plan). Je ne compr...

Dr REEVES (387=383 gros plan, lui coupant la parole). Rien de ce qu'il imagine n'est entièrement fantastique. C'est de l'invention, mais logique. Et la clé de voûte de son invention est que le procès a lieu cette nuit. Il doit le gagner ou le perdre cette nuit... (388=382 Gros plan du docteur Mc Ewen. Off.)... Et c'est pourquoi je pense qu'on DOIT l'opérer cette nuit (Mc Ewen secoue la tête). Ça ne sert à rien de secouer la tête! ... (389=377 plan américain du docteur Reeves de face). En outre, nous devons, d'une faĉon ou d'une autre, trouver un avocat pour l'aider à plaider sa cause... ou nous le perdrons! ...

Pano droite sur le mur carrelé qui est presque monochrome. On entend le début du thème de l'au-delà qui durera toute la scène suivante.

Fondu enchaîné.

 

Escalier paradis - extérieur jour

390 L'image devient monochrome. Plan d'ensemble d'un gigantesque escalier vu de face, l'extrémité perdue dans les nuages. Peter et l'envoyé céleste sont assis sur une marche au centre, et montent lentement comme sur un escalier mécanique. A gauche, sur le bord, sont disposées régulièrement de colossales statues d'hommes célèbres à l'expression écorchée et grandiloquente.

391 Plan d'ensemble de l'escalier de profil. Peter et l'envoyé céleste sont toujours assis côte à côte. L'envoyé retire ses gants et les pose avec son chapeau sur la marche, puis il prend sa canne. Peter est pieds nus.

ENVOYE CELESTE. Et... (392 Travelling subjectif en plan rapproché de la statue de Lincoln qui entre dans le champ par la droite. Ayant attendu d'être parvenu à proximité de la statue off).